Bien avant l’ère des premières modifications corporelles, l’homme se rêvait déjà augmenté : capacités surdéveloppées, apparence modifiée, possibilités démultipliées… l’imagination d’hommes tels que Douglas Carl Engelbart semblait sans limite, contrairement au progrès de la recherche augmentatoire… Car la route vers l’augmentation a comporté bon nombre d’obstacles, et les premiers augmentés ont dû payer le prix fort pour que la science puisse affiner ses techniques, et améliorer l’équipement utilisé pour changer la vie des candidats à l’augmentation.

Il y a presque 80 ans, Annie, la première femme-requin, décédait lors d’une tentative de greffe de branchies. Elle s’était auparavant fait implanter une nageoire dorsale artificielle, et avait fait scinder ses jambes pour réaliser une queue semblable à celle d’un Eucrossorhinus dasypogon, avant de succomber lors de la pose de dispositifs qui lui auraient permis de respirer sous l’eau. En effet, les techniques de l’époque ne prenaient pas en compte les problèmes de compatibilité entre matière humaine et matière animale, et si ses premières opérations n’avaient pas posé de problèmes majeurs, Annie n’a pas pu assimiler ses branchies correctement, et est décédée une semaine après l’opération, d’une infection généralisée. Cet échec a néanmoins marqué une étape majeure dans l’histoire de la chirurgie augmentatoire. C’est en effet ce qui a donné au professeur Christian Bernard, le premier chercheur à avoir transplanté avec succès des tissus animaux sur un augmenté, l’idée de développer la recherche génétique axée sur les compatibilités entre l’homme et l’animal. Ses premières études concernaient principalement des tissus issus du porc, en raison de sa très proche proximité avec l’ADN humain, ce qui a permis de faire avancer la médecine non-augmentatoire (en effet, les greffes de pancréas de porc ne sont pas qualifiées d’augmentatoire, même si cette question fait débat au sein du corps médical). Avec l’aide d’un traitement combinant anti-rejet et amélioration génétique, il a permis au corps humain d’assimiler de manière de plus en plus efficace les tissus animaux, pour arriver récemment à un taux de rejet de seulement 8%.

Parallèlement à la recherche augmentatoire animale, les études visant à créer des augmentés purement humains progressent également, sous l’impulsion d’entreprises comme Argos, qui s’intéressent de près à tout ce qui touche à l’ADN humain, et à l’influence de branches humanoïdes du mouvement augmenté, pour lesquelles la seule augmentation valable est celle du stade d’humain à « néohumain ». Ce type d’augmentation concerne principalement l’accélération de l’évolution de l’ADN humain, afin d’arriver à un stade d’évolution qualifié d’ultime. Si les résultats  sont encore limités à l’heure actuelle, les connaissances liées à l’ADN humain ont en revanche fait un bond en avant de plusieurs décennies, ce qui inquiète une partie des minus, qui craignent que cette avancée ne finisse par conduire à une « sélection » très peu naturelle de l’homme en fonction de ses caractéristiques génétiques.

Enfin, on ne compte plus le nombre d’opérations d’augmentation bionique ayant eu lieu depuis 30 ans, tant ces techniques ont acquis en fiabilité et en sécurité : plus de 20% de la population mondiale a déjà utilisé ces techniques pour améliorer ses capacités. Néanmoins, les opérations concernant la plupart du temps des modifications non visibles, ces augmentés demeurent discrets, ce qui pousse une partie de la population non-augmentée à réclamer un débat sur le fait de déclarer ces augmentations à l’administration, afin que des augmentés ne profitent pas de leur augmentation pour obtenir « de façon déloyale » des emplois au dépend des minus. De leur côté, certains augmentés ne voient pas non plus d’un bon œil ces « augmentations modérées », qualifiées par certains de « mode » (au même titre qu’un tatouage, certaines augmentations bioniques peuvent en effet être annulées si le candidat souhaite revenir à un stade dit normal), qui nuit à l’image même des augmentés. Parallèlement à ces augmentations qualifiées de discrètes, on compte également de plus en plus de Terminators parmi les augmentés nationaux, preuve que ce type d’augmentation est désormais mieux accepté par la société.

L’histoire de l’augmentation a donc été longue, et extrêmement risquée d’un point de vue médical et technique, mais les progrès acquis permettent désormais à la communauté augmentée  de vivre l’existence qu’elle souhaite mener, et d’atteindre ses idéaux augmentatoires. Les futurs obstacles que les “augmentés” rencontreront ne seront donc plus médicaux, mais bien sociaux : avec la vague d’augmentophobie qui gagne peu à peu les pays émergés, les prochains combats à mener risquent forts d’être sociaux… et peut être bien grandement plus risqués que de “simples” opérations augmentatoires…

Image : CC Rob Tom

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