L’ouverture annoncée de la galerie d’art Argos ne manquera pas de raviver les tensions entre minus et augmentés. Ces derniers se trouvent en effet au cœur d’un projet d’exposition à  vocation avant tout pédagogique selon ses créateurs : il s’agit de présenter les corps augmentés et la technologie qui y est associée pour mieux les comprendre. Une importance toute particulière sera accordée à l’augmentation réparatrice pour s’attirer les faveurs d’un public de plus en plus divisé. De fait, les créateurs espèrent apaiser l’agitation ambiante.

Seront exposés puces, organes artificiels, extensions, et autres dispositifs externes que le visiteur pourra visualiser en situation grâce aux nombreuses vidéos et présentations en 3D. Des témoignages vidéo pourront également être visionnés pour comprendre les motivations des augmentés et des multiples capacités permises par l’augmentation. Il lui sera également permis de visiter virtuellement les salles dites « à tubes » désignant les espaces où sont gardés les individus en attente ou en cours d’augmentation, au risque de choquer un public jusqu’alors préservé de la vue des impressionnants procédés augmentatifs d’Argos, manifestement soucieux de faire montre de transparence.

Afin d’humaniser sa démarche scientifique et de répondre aux inquiétudes que l’exposition pourrait susciter, Argos a demandé à des augmentés d’accompagner les visiteurs, car il s’agit d’incarner l’augmentation. Et de l’expérimenter, le temps d’une visite, grâce à une puce fixée au billet d’entrée, contenant les principes actifs de la pilule Harmony, gage de l’adhésion minus.

Le visiteur est ainsi invité à placer la puce sur la tempe gauche pour accéder à un bien-être inégalé et à des contenus et des expériences optimisées par les conseils des guides augmentés : des sens aiguisés, une concentration accrue, une lecture et un traitement de l’information plus rapides, un accès aux données des personnes côtoyées, etc. Il pourra également choisir des extensions de membres et s’essayer à quelques exercices de dextérité après démonstration.

Malgré les moyens — 30.000m2 présentant une technologie ultra-sophistiquée — et les efforts considérables déployés par Argos, quel succès peut remporter cette exposition ? Si elle cherche à convaincre, il est à prévoir que les minus les plus réticents à l’égard des procédés augmentatifs se garderont bien de pénétrer l’univers Argos, trop méfiants à l’égard d’une démarche par trop vertueuse, en apparence.

Image : CC Richard Greenhill et Hugo Elias

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