Les réactions ne se seront pas fait attendre. L’ouverture hier de la galerie d’augmentés a suscité railleries et indignation de la part des minus et même de certains augmentés. La CNPDC, Commission Nationale de Protection des Droits Civils, s’est exprimée la première pour dénoncer l’utilisation des augmentés de la part d’Argos dans le seul but de protéger son image et ses intérêts économiques, sentiment partagé par l’ensemble des détracteurs du nouveau projet Argos.

Les augmentés, représentés par le R2DA (Réseau de Défense des Augmentés), déplorent le manque de considération de leurs créateurs qui n’ont pas hésité à les présenter au public, sans même les avoir consultés, comme de « vulgaires objets de curiosité, voire des objets de foire », selon les propres termes de leur porte-parole, Leonard Nilson. Ce dernier regrette également que l’accent ait été mis sur les différences et non sur les ressemblances partagées avec les minus. Il semblerait que la volonté d’Argos d’humaniser sa démarche n’ait pas été comprise, car elle n’a manifestement pas produit les résultats escomptés.

D’ailleurs, les rares visiteurs minus interrogés à la sortie de la galerie se sont dits « insensible(s) à une telle propagande » ou encore « choqué(s) » par les dispositifs scientifiques déployés jugés certes impressionnants, mais effrayants, à l’instar du trouble ressenti par beaucoup au cours de la visite. En effet, il nous a été décrit un profond bien-être mêlé à des sollicitations sensorielles exacerbées — état vertigineux auquel ils n’étaient pas préparés. D’autres ont expliqué avoir éprouvé un certain malaise pendant la visite et avouent avoir enlevé la puce que les agents d’accueil leur avaient placée sur la tempe à la billetterie. Ils supportaient difficilement un flux constant d’informations, incontrôlable et sans commune mesure avec celui vécu au quotidien, pourtant incessant : éprouvaient-ils alors les prémices de SFI (ou syndrome de la fatigue informationnelle) ? Certains ont par ailleurs déclaré avoir éprouvé de la gêne à accéder à des informations personnelles concernant des individus auxquels ils ne s’intéressaient pas.

Argos avait-il prévu de telles réactions ? À en juger par la porte-parole du groupe, Mia Lazard, interrogée sur les accusations de propagande, « les intentions d’Argos ont été mal interprétées ». Elle a insisté sur le fait que la pédagogie était un travail de longue haleine, mais absolument nécessaire, et a conclu en réitérant la volonté d’Argos de mettre science et technologie « au service des citoyens et du développement individuel et sociétal ». Mais le développement est-il possible sans cohésion sociale ?

Image : © DARPA

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